Sophie |
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Genève – Suisse |
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Profil de Sophie
Mots-clés
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Parents
En avril 2006, ma Maman s’inquiète de petites “boules” sur sa langue. Elle consulte son généraliste qui l’envoie chez un ORL. Celui-ci lui confirme que ce ne sont pas des aphtes comme elle pouvait l’imaginer mais ne peut s’aventurer sur un diagnostique avant de l’opérer. On lui retire une partie de la langue. 15 jours plus tard le verdict tombe: tumeurs sur la langue. Les médecins sont très confiants. Suivent radiothérapie et chimiothérapie en juin et juillet. Bien entendu, elle ne peut plus manger et ne se nourrit que par une sonde reliée à son estomac. A l’automne, les résultats sont satisfaisants. Ma mère est faible et ne se remet pas des brûlures causées par la radiothérapie. Elle ne peut avaler que des liquides. Son oncologue lui prescrit des flacons de préparations lactées sucrées.
En janvier, elle rechute. Re-chimio et re-radiothérapie. Ses médecins (oncologue et ORL) évitent ses questions, elle ne les verra que très rarement, elle manque cruellement d’informations. Elle vit à la campagne, un peu isolée et n’ose pas consulter ailleurs de peur que ses médecins refusent de la “reprendre”. A Pâques, moins d’un an après le diagnostique, elle est méconnaissable. Elle ne mange toujours que des préparations proteinées. J’insiste pour lui faire rencontrer un médecin/nutritionniste qui puisse l’aider à varier et équilibrer son alimentation mais sans succès.
Je reviens début juin (je réside en suisse et mes parents habitent dans le sud de la France), elle supporte de moins en moins bien les chimios, elle accepte enfin de prendre quelques compléments alimentaires et de faire appels à produits naturels pour l’aider à “remonter” un peu . Mais elle est trop faible pour consulter, je le fais pour elle. Elle ne sort même plus de sa maison depuis plusieurs semaines.
Je repars quelques jours en suisse et reviens avec un artillerie lourde de produits naturels compatibles avec ses traitements, homéopathie, probiotiques, quinton isotonic, desmodium, acides aminés, etc…. Je lui prépare ses “médicaments” plusieurs fois par jour car elle ne peut plus ouvrir ses capsules elle même et les avaler lui est impossible. 3 semaines plus tard, elle va mieux, elle a repris des forces, sort à nouveau et va se promener et s’occuper un peu de son jardin. On fêtera les 2 ans de ma fille en famille. Mais je dois rentrer quelques jours en Suisse.
A chacun de mes départs c’est un déchirement, j’ai l’impression de l’abandonner et je ne sais jamais dans quel “état” je vais la retrouver. Mon père ne jugera pas utile de prendre le relais pour lui faire ses préparations. Je suis la seule à croire qu’elle a besoin d’autre chose que ses boissons proteinées pour reprendre des forces, se préparer à ses chimios et surtout récupérer. Elle rentre à l’hôpital pour une chimio, ses infirmières n’ont pas le temps de lui préparer son traitement car trop contraignant et compliqué, ma mère est trop faible pour le faire elle même.
A mon retour, elle sera alors trop faible pour accepter de reprendre ses compléments. Elle n’arrive pas à obtenir des informations de ses médecins, elle n’est plus en état de leur “courir” après. Je prends le relais, et le téléphone moi même pour avoir des nouvelles. On me répond difficilement. Pour finalement me lâcher vaguement, “oh vous savez, à ce stade de la maladie, je ne peux rien vous dire”…. Elle sera hospitalisée plusieurs fois pour récupérer un peu de force par les perfusions. Elle me dit ne plus avoir confiance dans ses médecins.
Elle ne peux quasiment plus s’alimenter. Je rentre un peu à Genève pour fêter les 80 ans de ma grand mère même si le coeur n’y est pour personne. Mon père doit se rendre chez l’oncologue pour une ordonnance. A ses questions légitimes, le médecin répondra simplement: “c’est la fin”.
Le ciel s’écroule sur la tête de mon père. Il m’appelle encore anesthésié par le choc de l’annonce. Je reprends donc ma voiture et ma fille et je repars sans vraiment expliquer la vérité à ma grand-mère. Elle va perdre sa fille unique et moi ma Maman. Le médecin pense qu’il reste peut être encore quelques semaines. J’arrive en fin de journée chez mes parents. Ce sera notre dernière soirée tous ensemble.
Elle nous quittera le lendemain après des semaines de souffrances, d’angoisses et de non dits. Elle avait juste 61 ans.
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