On le sait, la santé passe par l’assiette. Et cela commence au berceau ! Si jusqu’à l’âge d’un an, l’alimentation est souvent très contrôlée, passé le cap de la première bougie, cela se gâte : 53 % des 13/18 mois mangent déjà comme des adultes ! Et les adultes sont-ils de bons professeurs ? Quelques cours de rattrapage s’imposent.
Les mamans un peu débordées choisissent souvent la facilité, et on les comprend ! Un petit pot qui fait « pop » à l’ouverture, certes irréprochable sur le plan de la qualité nutritionnelle et de la sécurité alimentaire, c’est bien pratique, mais parfois un peu léger en termes de saveurs. Résultat, d’après une étude de Vincent Boggio, à force d’avaler des petits pots, bébé devenu grand n’aura pas une alimentation variée et équilibrée.
Autre tendance, le menu unique pour toute la famille ! En oubliant qu’un tout petit n’a pas les mêmes besoins physiologiques qu’un adulte et que ses organes, rein, foie, estomac, ne sont pas encore matures. Une enquête de la Sofrès mesure l’étendue des dégâts : à bébé les pizzas (13% des 10-12 mois en consomment, et 81 % des 31-36 mois !), les frites (pour 80 % des enfants de plus de 2 ans), les sauces ketchup, mayonnaise et les sodas devant la télé. Ou encore pire : dans la poussette. Pas étonnant que la courbe de l’obésité infantile grimpe en flèche et que les bébés d’aujourd’hui viennent grossir le nombre de cas de diabète, hypertension, cancers et maladies cardio-vasculaires de demain. Sans compter que ce n’est pas la meilleure stratégie pour en faire des gastronomes avertis.
Pourtant initier bébé au bon goût et à l’alimentation-santé quand on n’a pas le temps de cuisiner n’a rien d’une mission impossible. Il suffit faire un peu de tri dans les rayons ou de faire appel aux idées de mamans futées qui ont déjà planché sur le sujet. Car tout n’est pas à jeter dans les supermarchés, à condition de miser sur les produits dont les pourcentages en matières premières sont les plus importants, avec le moins d’additifs possible, et bio de préférence, car plus riches en nutriments et contrôlés jusqu’à 260 fois contre 166 pour un petit pot normal. Mention spéciale à la marque bio Hipp, d’un excellent rapport qualité-prix, qui n’hésite pas à proposer des risottos de légumes à base de quinoa ou de blé, et à Babybio.
Cuisiner est un jeu d’enfant
Comme tout le monde n’a pas la chance d’avoir des Menus bébé tout prêts dans son congélo, à vous de jouer !
Règle n°1 : adaptez les recettes familiales, pour le faire participer aux repas de toute la famille. Il suffit de les simplifier et de prélever la ration de bébé avant de saler et d’épicer les plats.
Règle n°2 : préparez de plus grandes quantités que nécessaire le week-end, que vous congèlerez ensuite en portion individuelle, en utilisant des légumes et des fruits surgelés pour économiser la séance épluchage, bio de préférence. Ajoutez quelques céréales ou légumineuses, un peu de protéines au dernier moment (poisson ou viande blanche en fonction du poids de votre enfant).
Règle n° 3 : réalisez un potage-maison express en faisant fondre des galets de légumes surgelés et en y ajoutant une touche d’huile d’olive.
Idées recettes :
– mixez dans la soupe un peu de blanc de poulet cuit et de lait concentré. Vous obtenez une délicieuse crème de volaille, à servir dès 6 mois,
– un peu de riz, quelques petits pois, des dés d’omelette et du jambon haché : voilà un riz cantonais à déguster dès 1 an
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Côté non bio, difficile de savoir où donner de la tête. Pas moins de 350 variétés en moyenne au rayon alimentation infantile des grandes surfaces ! Alors fiez-vous aux étiquettes : plus la liste des ingrédients est courte, mieux c’est. Dans son livre, Marie-Claire Tareau-Dupire s’est amusée à comparer 5 petits pots de purée de haricots verts. Le pourcentage de haricots verts varie de 40 à 80 %. Le reste ? Des ajouts de pomme de terre, amidon ou semoule de riz, sel, sucre, huile de colza, tournesol (beaucoup plus rarement huile d’olive) et… eau (qui pèse son poids dans une recette !)
Des bons produits existent
Le tableau n’est pas aussi noir pour autant ; les industriels, conscients de l’enjeu de santé publique, multiplient les (bonnes) initiatives. Bon point par exemple pour la gamme « Les Idées de Maman » chez Bledina avec ses recettes concoctées par de « vraies » mamans (ratatouille-bœuf à l’huile d’olive, petits légumes-saumon au persil…) ou encore Blédichef, des plats élaborés par Thierry Flichet, un chef étoilé qui choisit d’adapter des recettes de « grands » au palais des enfants : paella, blanquette, tajine… Et coup de chapeau à Nestlé qui tente de révolutionner le rayon petits pot avec le lancement de la gamme Naturnes, conçue à partir d’ingrédients 100% naturel, sans conservateurs, colorants, arômes artificiels ou encore sel, sucres ou épaississants. Chaque ingrédient bénéficie d’une cuisson séparée, à la vapeur douce. Jusqu’à présent, les ingrédients des petits pots cuisant tous ensemble, à la même température ultra élevée et pendant la même durée, il n’était pas facile de distinguer les nuances entre carotte, potiron et pomme de terre ou veau, dinde et jambon.
Le fait-maison arrive près de chez vous
Enfin nous attribuons une palme aux « Menus Bébé » de Jenny Carenco, récompensée par le grand « Prix de l’Innovation 2008 » du magazine Famili. Jenny est une maman pas du tout convaincue par la consistance trop gélatineuse et le goût insipide des petits pots que sa fille Maya ne parvenait pas à avaler. « Aimer le goût naturel des aliments s’apprend et s’apprend tôt, explique-t-elle. Et plus on a mangé des choses dénuées de goût tout petit, plus on est attiré par des aliments fades quand on grandit, et plus on a du mal à adopter une alimentation variée et saine. Pourquoi autant d’enfants n’aiment-ils que les pâtes et la purée ? Parce les petits pots sont bourrés de féculents et d’amidons. Et parce qu’ils ont appris tôt à n’aimer que ça ! »
Pour renverser la vapeur, Jenny a élaboré une gamme de plats pour bébés surgelés, livrés à domicile ou vendus en grande surface. Du « fait-maison » 100% naturel, qu’elle justifie ainsi : « une alimentation saine n’est pas un luxe mais une nécessité de nos jours. C’est grâce à elle que nous évitons les infections, les maladies et c’est en elle que nous puisons notre énergie. Nous savons bien qu’il existe un lien très fort entre l’alimentation d’un bébé et la fréquence des infections qu’il contracte ». Le corps médical ne peut qu’approuver : « la recherche d’un équilibre et d’habitudes alimentaires saines le plus tôt possible dans la vie d’un enfant prévient d’éventuels désordres alimentaires » reconnaît le Dr Lalau Keraly.
Cerise sur le gâteau, c’est bon pour la santé… et pour les papilles, « Délicieux légumes oubliés et veau avec légumes verts au basilic », « Parmentier crémeux de cabillaud avec coulis de tomates et pommes »… Si l’on n’est pas gourmet d’emblée, on le devient. « Tous les enfants naissent avec la possibilité d’aimer les bonnes choses », conclut la jeune femme, «et c’est aux parents de leur ouvrir ce monde savoureux en leur apprenant à bien manger pour la vie». Merci qui ? Merci Maman !
Céline Dufranc
Journaliste
Etudes citées
(1) étude menée par Vincent Boggio, maître de conférences en physiologie à l’Université de Bourgogne
(2) étude SFAE/TNS Sofrès « consommation alimentaire des nourrissons et enfants en bas-âge français de 1 à 36 mois"
(3) « Bébé à l’école du goût » de Marie-Claire Tareau-Dupire. Leduc’s Editions
Blog
Des mijotés tout-bio-tout-bon à cuisiner pour vos enfants
Photo
Francis Lempérière – Fotolia
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