Il n’y a pas le même taux de mortalité par cancer dans le Nord Pas de Calais que dans la région Midi Pyrénées. Pour tenter de comprendre ces disparités, rencontre avec le docteur Juliette Bloch et Georges Salines de l’InVS (Institut de Veille Sanitaire).
Guérir : il existe des inégalités géographiques du cancer en France, pouvez-vous nous indiquer les régions les plus touchées et celles les moins touchées ? Juliette Bloch : En règle générale on constate dans les régions au nord et est de la France un taux de mortalité par cancer supérieur à d’autres régions. Le Nord Pas de Calais par exemple possède un taux de mortalité par cancer de 405,4/100 000 pour les hommes tandis qu’il est de 275 en région Midi Pyrénées. En ce qui concerne les femmes le taux est de 166 dans le Nord Pas de Calais et de 135 en en région Midi Pyrénées. Lorsqu’on observe les données par type de cancer, cela change. C’est l’Ile de France par exemple qui compte le plus de femmes décédées d’un cancer du poumon et la Bretagne qui totalise le plus fort taux de décès par mélanomes chez les femmes.
Guérir : comment expliquer ces inégalités ? Juliette Bloch : Il n’y a pas une seule explication mais une combinaison de facteurs de risque. Parmi les premiers facteurs de risque de mortalité par cancer figurent des habitudes de vie. En effet, la consommation d’alcool et de tabac ajoutée à une alimentation trop riche (charcuterie, aliments gras et sucrés…) et à un manque d’exercice augmentent les risques de certains cancers, poumon, oesophage, larynx, colon et rectum, sein notamment. Les facteurs socio-économiques, jouent aussi un rôle important, parfois en liaison avec les précédents : les attitudes de prévention et d’attention à sa santé sont moins courantes chez les personnes en difficultés économiques et cela peut retarder le diagnostic de la maladie et aggraver le pronostic. C’est l’accumulation de facteurs de risque individuels qui provoquent des disparités géographiques.
Guérir : Pourquoi le Nord de la France est-il plus touché par le cancer ? Juliette Bloch : Encore une fois, il n’y a pas une seule explication. Les régions du Nord et de l’Est cumulent des traditions culinaires riches et des taux de chômage élevés, dont on sait qu’ils sont associés à une forte prévalence du surpoids, de consommation de tabac et d’alcool, eux-mêmes facteurs de risque de cancers. Tout va ensemble. Par ailleurs, le taux de mortalité par cancer dans une région n’est qu’une indication. En effet, les gens bougent, quelqu’un peut très bien avoir été exposé à un facteur de risque dans une région pendant sa vie active et mourir dans une autre, à la retraite notamment.
Guérir : Quel est l’impact de l’environnement dans le développement des cancers ? Georges Salines : La question est difficile car les estimations de la proportion des cancers attribuables à l’environnement varient considérablement. Ainsi, selon trois agences américaines d’Etat, au moins deux tiers des cancers seraient liés à l’environnement. Mais la commission d’orientation du plan national Cancer et Environnement (PNSE) donne une fourchette de 7 à 20 % des décès par cancers imputables à des facteurs environnementaux. Quant à l’Académie nationale de médecine, l’Académie des sciences, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer, elles estiment que la proportion de cancers liés à la pollution de l’eau, de l’air et de l’alimentation est de l’ordre de 0,5 %. Une partie de ces différences s’expliquent par la définition de l’environnement qui est utilisée : les résultats des agences américaines incluent tous les facteurs exogènes physiques, chimiques ou biologiques, y compris ceux qui sont liés à des comportements individuels (consommation de tabac ou d’alcool, régime alimentaire, maladies sexuellement transmissibles) tandis que la commission d’orientation du PNSE exclut les facteurs liés à des comportements individuels, mais inclut les expositions professionnelles ou naturelles (radiations ionisantes, ultraviolets). Mais la plus grande difficulté est d’ordre méthodologique : mesurer l’impact n’est possible que pour les causes connues, et les causes de deux tiers des cancers demeurent inconnues. En l’état actuel des connaissances, le calcul de la proportion des cancers attribuables à l’ensemble des facteurs environnementaux est donc un objectif inatteignable. Il faut donc développer la recherche et la surveillance, notamment celle des niveaux d’exposition.
Delphine Tordjman Journaliste
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