|
Pour bon nombre de malades, il y aura toujours un «avant »
et un « après » cancer, car la guérison du cancer ne signifie pas toujours
la guérison du sujet. Pour le patient qui doit effectuer un véritable
sevrage de « l’ère cancéreuse », cet « entre-deux » est particulièrement
inconfortable.
« Guérie, vous êtes guérie ! ». « Depuis que mon cancérologue m’a annoncé que j’étais en rémission, c’est drôle, mais je ne me sens pas vraiment guérie », avoue Anna, 45 ans. Je ne supporte pas de m’entendre dire qu’il faut tourner la page ! Tourner la page ? Facile à dire quand vous venez de frôler la mort et qu’une épée de Damoclès pèse au-dessus de votre tête».
Devenir un autre
Définie par l’OMS comme un état de complet bien-être physique, mental et social », la guérison est la disparition des signes et symptômes d’une maladie et le retour à la santé ». Reste que la guérison est une notion qui ne va pas de soi. Le « sentiment » de guérison, particulièrement subjectif, dépend pour beaucoup de l’impact psychologique qu’a eue la maladie sur le sujet. « Il y a la guérison somatique, mais aussi la guérison psychique et sociale, analyse le Dr Isabelle Moley-Massol, psychanalyste et psycho-oncologue à l’hôpital Cochin. De nombreux malades déclarés guéris par les médecins, ne se sentent pas psychiquement guéris car ils ne se ressentent pas « comme avant ». Il n’y a jamais un retour à l’état antérieur ». Tous les malades éprouvent un sentiment de vulnérabilité après un cancer qui mettra beaucoup de temps à s’estomper. Bien qu’il n’existe pas une seule façon de vivre après un cancer et que la qualité de vie dépend de la définition de chacun, ces malades auront souvent besoin d’un accompagnement psychologique pour guérir psychologiquement de la violence de l’annonce ou du vécu de la maladie. La guérison psychique passe, sans doute, par le renoncement d’un état antérieur à la maladie et la construction d’un être transformé par elle, non à l’identique, mais biologiquement guéri.
Etre guéri et se comporter comme un malade
Particulièrement troublante, « la période de rémission, où tout indique que la maladie est absente, mais où il faut poursuivre la surveillance généralement durant 5 ans. Le malade est dans un état confus, de non maladie. Tout se passe comme s’il était guéri, mais on reste aux aguets ». « De nombreuses patientes rencontrées au cours de mes consultations sont littéralement obsédées par le verdict de leurs examens de contrôle », renchérit le Dr Thierry Janssen. Elles ne vivent pas, elles survivent ». « L’épreuve du cancer se traverse », poursuit le Dr Moley-Massol. Bon gré, mal gré. « Si certains la vivent comme une renaissance, avec un désir et un goût de la vie exaltés, d’autres restent dans le traumatisme de l’annonce de la maladie, des traitements, et ne parviennent pas à dépasser ce choc émotionnel. La violence de ce vécu peut s’exprimer des années après l’événement, comme dans tout traumatisme psychique ». Le cancer, et la sentence de mort qu’il induit, loin de laisser indemne, agit parfois comme une bombe à retardement.
Celine Dufranc Photo: © Aaron Kohr – Fotolia.com
|
petite-plume
Merci François pour cet article.
Il aide les proches à comprendre le changement intérieur qui a pu se produire chez la personne malade puis "guérie".
J’ajouterai qu’il y a à prendre aussi en compte l’entourage, en particulier s’il y a malheureusement eu un décès.
Car c’est toute la famille élargie qui est plus ou moins traumatisée et pour qui il y a un avant et un après.
On pense bien sur au conjoint et aux enfants, mais les (vieux) parents et la fratrie est elle aussi durement marquée.
Je pense qu’il y a là une prise en charge à pouvoir proposer…en cas de besoin.
Petite Plume
2 vote(s)
sophie
Étant moi-même en rémission depuis 2 ans après un cancer du sein hormonodépendant,je comprends ce que vous dites.Cette année en allant faire ma mammographie,,je me suis rendu-compte qu’effectivement après j’ai eûe peur.
Pour me protéger de moi-même,j’ai été méditer en reconnaissant à quel point j’avais peur et pourquoi j’avais peur,le fait de nommer aide à reconnaître.Pour ma part reconnaître c’est choisir de renaître,dans ma tête à ce moment-là il y a un lâcher-prise…néanmoins cela a duré pratiquement 15 jours.À chaque fois que cela se passait ,et que cela se passe je recommence,à méditer,etc…
Je le prend comme un choix que je dois renouveller chaque jour,comme un couple rechoisit d’aimer,comme une mère choisit d’éduquer un enfant.
L’être humain est fait ainsi que les choix se rechoisissent ,dans la Vie rien n’est acquis,et c’est justement ce qui est génial,c’est ce qui nourri nos racines et les renforcent,c’estce qui rend chaque personne comme étant unique,aucun chemin ne se ressemble.
Je suis solidaire de la race humain,à l’école de la vie je vais apprendre de chacun.Mon cancer,m’a reconnecté à moi-même…
Sophie
1 vote(s)
marielea
C’est un sujet très important;car la peur est trop souvent notre compagne avec la hantise de récidive.Pouvez-vous recommander des ouvrages qui traitent de ce sujet? MERCI
0 vote(s)
sophie
Il y a deux ouvrages du dr Daniel Dufour,un qui s’appelle les tremblements intérieurs,ou il nous parle de nos émotions,accepter et vivre nos émotions,les répercussions qu’elles ont lorsqu’on les repoussent"Cela ne se lit pas comme un roman,c’est une dégustation ….Il est éclairant.
Ensuite il y en a un autre ,toujours du Dr Daniel Dufour,qui s’appelle les barragesinutiles…Ces pensées qui rendent malades,il y parle du lâcher-prise,du pardon dela pensée créatriceetcLes deux livres sont aux éditions de l’homme.
Il y a aussi un medecin,qui s’appelle le Dr Hammer,d’origine allemamde,qui met en évidence ce que l’on appelle,le mécanisme de choc conflictuel qui sous-tend le développement du cancer.Sa théorie et l’éfficacité de ses traitements ont provoqué les foudres des Tribaunaux Allemands et d’autres cours Européennes.
Voiciles coordonnées du site:
lesensdenosvies.org/lesite/articles/maladie1/hammer1.html
C’est très intéressant,alors bonne lectuire
Sophie
2 vote(s)
petite-plume
Hello,
si j’ai bien entendu le sujet de ALLO DOCTEUR sur France5 de cet après midi (14h30 à 15h) sera : l’après cancer.(le sujet même de l’article …)
Petite Plume
0 vote(s)
menneas56
ca fait plus de 10 ans maintenant, donc je suis sans doute guerie de mon cancer du sein du a un traumatisme, mais mentalement ca ne va pas du tout
se faire aider ici il n’y a rien,que des psychiatres classiques. les medecins generalistes ne comprennent rien a cette maladie.
voila
0 vote(s)
martine
En ce moment:
fatiguée mais heureuse
c’est ce que j’ai hurler quand j’ai lu un articles sur les "survivants du cancer"
je n’ai pas l’intention de survivre mais bien de vivre meme si celà m’apparait plus facile à écrire qu’à vivre.
je ne suis qu’au début de cette experience puisqu’il n’y a pas encore deux mois que j’ai fini tous les traitements et contrairement à ce que je vivais pendant les traitements ou j’ai tenu la cap maintenant je prend conscience du chemin à parcourrir avant d’etre psychiquement guéri.
alors oui je pense que je vais mediter et me poser le plus souvent possible quand ces peurs reprendront le dessus afin de VIVRE pleinement ce qui ce presente à moi
merci pour ces temoignages qui font que je me sens moins seule face à ces ressentis
c’est normal me dit on il faut du temps pour se reconstruire car oui c’est un raz de marée que l’on traverse
amitiés
Martine
1 vote(s)
maryaelenya
Est-on jamais guéri(e) d’un cancer ? Pour beaucoup oui certainement, pour ma part je ne serai jamais guérie puisque les séquelles seront toujours là pour me rappeler qu’elles sont le résultat de métastases, mes vertèbres fracturées et cimentées ne permettront plus la souplesse, certaines postures me sont inaccessibles à présent, les douleurs limitant la marche me disent quotidiennement que je ne serai plus jamais comme "avant". Il me faut donc me ‘reconstruire’ autrement, comment ? en combien de temps ? avec quels moyens ? de combien de choses me faudra-t-il encore faire le deuil ? toutes ces questions et bien d’autres dont les réponses sont encore des inconnues… Je donne l’illusion d’aller bien, je fais comme si… Pour les autres, pour moi, le mot rémission n’a pas encore été prononcé, j’en suis à presque un an de l’annonce du diagnostic, j’ai accepté maintenant le cancer mais pas encore d’être "diminuée", pas le fait qu’un jour il puisse se réveiller tel un volcan qu’on pensait à jamais éteint et qui n’était qu’endormi, j’ai à l’instar de beaucoup d’autres personnes atteintes dans leur chair et leur âme encore beaucoup de chemin à faire mais je suis vivante et chaque jour est une bataille gagnée, et qui sait un jour la guerre sera définitivement gagnée elle aussi. Bon courage et haut les coeurs Maryaelenya
5 vote(s)
Daydi
Merci pour cet article!
Je crois bien être en plein dans cette phase.
Toute ma famille, amis et connaissances étaient très impressionnés par ma réaction positive et non abattue de vivre le diagnostic et tout le reste. J’ai vécu assez positivement tous les traitements: chirurgies, chimio et radio mais depuis les derniers mois c’est toute autre affaire. Beaucoup des personnes rencontrées, que je croyais et qui se croyait guéries sont maintenant en récidive et je suis toujours en attente de résultats de tests. Là c’est: quand et quel sera le résultat du IRM comparatif. Oui! Oui! Vous me direz. Il faut vivre au jour le jour, être positive et active, mais le soir et à chaque moment de solitude les questionnements et la peur aux tripes reviennent.
C’est réellement pas évident. Le cancer lorsqu’il est diagnostiqué est traité, mais comme ils n’ont pas diagnostiqué mon cancer avec une mammographie qui avait eu lieu 3 mois plutôt et que je me suis retrouvée pas avec un stade 0 ou 1 mais avec un stade 3 qui a été détecté par l’échographie.
Je crois que c’est aussi cette phobie que même s’il y avait quelque chose, cela ne soit pas décelé assez tôt pour éviter d’autres problème, surtout plus d’autres chimio.
Mais je vais y arriver, j’espère! En attendant, ce n’est pas très confortable psychologiquement.
Alors merci! Votre article m’a permis 1) de mettre le doigt dessus (la guérison psychologique n’est pas nécessairement en même temps que la guérison physique) 2) de l’exprimer pour la toute première fois.
Merci et bonne journée
0 vote(s)