Maman et cancer. Deux mots qui ne vont pas ensemble. Pourtant, quand cette
bombe vous tombe dessus, il faut faire face. Serrer les dents, se battre
pour ne pas mourir après avoir donné la vie. Comment rester debout, se
soigner tout en assumant le quotidien ? Enquête.
« Quand on annonce à une mère qu’elle a un cancer, elle pense d’abord à ses enfants », explique la psychologue Maryse Vaillant (1). Elle se dit qu’elle va leur faire faux-bond ! Manquer à la vie. Car Maman ça veut dire vie. Et cancer, ça veut parfois dire mort. C’est antinomique. Face à un enfant, on a envie de dire : « je serai toujours là pour toi ». Alors quand l’impossible survient, on a l’impression de transgresser le pacte implicite qui existe entre une mère et son enfant. Soudain, tout se disloque. On devient bancale. Boîteuse du bras. On ne peut plus porter son enfant. Celles qui donnent le sein doivent interrompre l’allaitement ». Au début la famille, les amis, les voisins sont là.. Dans la majorité des cas, la famille, les amis se mobilisent pour s’occuper des enfants pendant que la maman est hospitalisée ou suit sa chimio. Souvent en première ligne, les pères mettent les bouchées doubles. « Fabien tient bon, il s’occupe des enfants. On dirait que la maladie le coupe en deux, qu’il devient aussi Maman. C’est par lui que la vie continue », écrit Anne Tourre. Mais parfois, en raison d’un éloignement géographique ou affectif, de l’isolement, de l’abandon du mari, on se retrouve seule pour faire face. « La famille n’est pas toujours là, » constate Marie-Jeanne Lecomte-Andrieu, directrice de l’association d’Aide aux mères depuis 20 ans. Il y a de plus en plus de cas extrêmes, comme cette petite fille de trois ans, Sixtine, qui va dormir le soir chez une assistante maternelle dépêchée en urgence parce que sa mère est hospitalisée et que personne d’autre ne peut s’en occuper. Un jour peut-être, cette maman-là ne rentrera pas. Qui s’occupera d’elle alors ? » …après, il faut demander de l’aide Qui peut venir en relais quand tout le monde s’essouffle ? Les voisins, les associations. Les aides ménagères ou familiales, les TISF, les auxilliaires de vie, peu importe leur nom, on les appelle aussi des « mamans de secours ». Enfin, quand on y a droit. Car il faut bien entrer dans les cases pour obtenir une aide à domicile, ou avoir souscrit une bonne complémentaire santé. « Si vous n’êtes pas assez pauvre, pas vraiment riche, ni tout à fait handicapée mais pas complètement valide, vous n’aurez que vos yeux pour pleurer, le soir, quand les enfants sont couchés », reconnaît Helena, 38 ans. Comme souvent en France, tout est très compliqué : plutôt que de disposer d’un guichet unique, « il existe 36 dispositifs différents », déplore Emmanuel Buchot, responsable du service social de l’IGR. Peut-on espérer une amélioration du côté des pouvoirs publics ? Pas vraiment. On préfère se retrancher derrière les dispositions du Plan cancer. On évalue… Un statut à inventer Ce qui devrait être proposé systématiquement à côté du plan personnalisé de soins, un bilan psycho-social, l’est rarement dans les faits. Faute de temps et de personnel. Envisager la création d’un statut ou d’une allocation spécifiques pour les mamans atteintes de pathologie longue durée ? Trop coûteux. « Concrètement, nous envisageons de créer un nouveau métier, sur le modèle de ce qui sera mis en place pour le plan Alzheimer : un "coordinateur médico-social », indique Roselyne Bachelot, ministre de la Santé. Un de plus. Et ensuite ? Nouveau bilan, nouvelle évaluation ? Pendant ce temps, ces femmes se battent pour survivre. Dans le meilleur des cas, elles guériront. Dans le cas contraire, il sera trop tard. On se souviendra alors des mots de leurs enfants, comme ceux d’Adrien : « Maman, il n’y a pas de place pour toi dans le ciel » ou de Marie : « Je ferai comme toi, je ne mourrai pas ». Des « mots d’enfants » qui croient dur comme fer qu’une maman, « ça ne peut pas mourir».
Céline Dufranc Journaliste A lire (1) Une année singulière avec mon cancer du sein. Maryse Vaillant. Albin Michel Ces enfants qui vivent le cancer d’un parent. N. Landry-Dattée et Dr Marie-France Delaigue-Cosset. Vuibert Qui peut vous aider ? N’hésitez pas à demander où se trouve le service social dans l’établissement où vous êtes soignée, une assistante sociale est là pour vous aider à monter un dossier. Sans oublier la CAF qui peut attribuer des prestations complémentaires et des aides financières. Sur le web Une fiche d’information rédigée par Claire Garabedian également en ligne ici Le site Démarches sociales & Cancer : www.fnclcc.fr Cancer Info Service 0 810 810 821 (ils vous indiqueront notamment si votre comité propose un dispositif de maintien à domicile qui intervient très rapidement, si vous pouvez bénéficier d’une aide financière d’urgence, où trouver des ERI (espace rencontre et information), ou des groupes de paroles près de chez vous)
Photo : Eric Isselée – Fotolia.com
|