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Dalil Boubakeur : « Dieu envoie la maladie mais aussi les remèdes »

Posté le 10/09/2008 par Francois arobaz Envoyer par mail

 

Dalil Boubakeur : « Dieu envoie la maladie mais aussi les remèdes »

Le Docteur Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris mais aussi docteur en médecine, nous parle sans tabou de la vision de l’Islam sur la maladie, la mort et les soins. Selon l’Islam, c’est “Dieu qui envoie la maladie mais aussi les remèdes”. Il nous parle également des traditions musumanes qui accompagnent le malade.

Anticancer.fr : Quel soutien l’Islam peut-il apporter à un malade musulman ?

Dalil Boubakeur: « L’Islam se caractérise avant tout par une attitude d’espérance en Dieu. Pour nous, musulmans, la maladie nous est envoyée par Dieu, elle fait partie du destin. Dieu est celui qui donne la vie et qui l’abrège. Le malade attend avec confiance le décret de Dieu car la mort, dans l’Islam, n’est qu’un passage d’une vie terrestre vers une autre vie. Le musulman adopte une attitude de foi et de confiance face à la maladie car si Dieu a envoyé la maladie, il est dit dans un hadith ( propos du Prophète), qu’il a aussi envoyé les remèdes.
Tous les médecins ne sont que l’instrument de la volonté de Dieu. Ce n’est pas eux qui enlèvent la maladie, c’est Dieu, par leur intermédiaire, qui guérit. Notre attitude dans cette circonstance est une attitude qui invoque la science des hommes au service de la foi en Dieu. »

Anticancer.fr : Quelle est le rôle des proches, de la famille dans l’accompagnement d’une personne malade ?

Dalil Boubakeur: « La famille est associée dans l’accompagnement du malade, car l’Islam introduit la notion de oumma, de communauté, la communauté doit prendre en charge le malade, son soin et l’issue fatale si elle doit venir.
La famille doit apporter le réconfort, le soutien, l’aide dans tous les domaines que ce soit la recherche de médecins, de soins hospitaliers, de médicaments… le patient ne peut être abandonné par la communauté.
Visiter un malade c’est aussi un devoir, on fait une bonne oeuvre en allant voir un malade. On le réconforte mais on acquière aussi des « bonnes actions ». C’est pourquoi il arrive que des familles nombreuses arrivent dans les services hospitaliers. Mais il ne faut pas s’étonner, c’est une obligation religieuse pour tout musulman d’accomplir cet acte.

Anticancer.fr : Quels sont les rituels religieux qui accompagnent les derniers instants de vie ? Y-a-t-il des rituels particuliers qu’accomplissent les membres de la famille du défunt ?

Dalil Boubakeur: « La fin de vie est simple dans l’Islam. L’imam intervient simplement pour aider le malade à réciter les formules consacrées car le malade veut mourir musulman, en règle avec sa religion. S’il  ne peut pas répéter, d’autres personnes présentent le disent à sa place. Il y également  la récitation de sourates, récitées par un religieux ou plusieurs.
Lorsque la  mort intervient, il y a la toilette rituelle, qui doit être réalisée le plus rapidement possible. On tourne ensuite le mort dans la direction de la Mecque. Le corps doit être enterré intact et indemne. Lors du décès ou de l’enterrement, l’Islam demande de la rigueur et de la dignité. Il n’y a pas de lamentations, elles sont mal vues. Car nous n’envisageons pas la mort comme une fin, ce n’est qu’un au revoir, nous nous reverrons dans le royaume de Dieu. Qu’est ce que sont quelques dizaines d’années de séparations, nous finirons bien par revoir nos proches dans l’autre monde. »

Anticancer.fr : En cas de pathologie lourde comme le cancer, les corps sont déjà très affaiblis par la maladie, le jeûne du ramadan ne risque-t-il pas d’aggraver la situation ?

Dalil Boubakeur: «En cas d’hospitalisation, les règles religieuses doivent être modulées en fonction du médecin. Le jeûne du ramadan n’est qu’une obligation facultative. Une femme en couche, une femme qui allaite, sont, par exemple, des exceptions qui abrogent l’obligation du ramadan. Si pour des raisons médicales, le malade va s’affaiblir en voulant malgré tout jeûner, il va à l’encontre des règles de l’Islam qui l’obligent, avant tout, à se soigner. »

Anticancer.fr : On entend parfois des cas de maris musulmans qui refusent que leur femme soit auscultée par un médecin homme ou bien de femmes musulmanes qui le refusent également. Quelle est réellement la position de l’Islam ?

Dalil Boubakeur: « Arrêtons les fariboles. Il n’y a pas d’interdits d’auscultations dans l’Islam. On a des planches d’obstétrique ou des planches d’accouchement réalisées par des hommes datant d’Avicenne. Il n’y a aucune raison qu’un homme médecin n’ausculte pas une femme. Un médecin regarde une femme selon sa science. S’il y a des abus, il y a des sanctions de la part des instances médicales. Le médecin est encadré par des lois, des règles et sa discipline, la société doit lui faire confiance en tout. »

 


L’interview en vidéo. Durée 6 minutes

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