Les progrès de la médecine nécessitent sans cesse l’introduction de nouveaux
traitements. Il peut s’agir de nouveaux médicaments ou encore de techniques
novatrices. Des progrès qui ne sont possibles que si les avancées thérapeutiques sont
évaluées de manière scientifique dans le cadre d’un essai clinique.
Le point avec le Dr Gilles Freyer, professeur de cancérologie au CHU de Lyon
Quel est l’intérêt de participer à un essai clinique ?
Recevoir un « nouveau » traitement, peut représenter, à un moment donné, la meilleure solution pour un patient. Par exemple, on peut administrer une thérapeutique qui va apporter un réel bénéfice et lui donner de meilleures chances, en phase 3 en particulier, où l’on va comparer entre eux différents traitements. De leur côté, les essais de phase 1, qui constituent la première expérimentation d’un nouveau médicament chez l’homme, peuvent être proposés à des patients pour lesquels on est certain qu’aucun autre traitement actif n’est disponible. C’est un peu le « traitement de l’espoir», quand on se trouve dans une impasse thérapeutique. Il arrive dans cette situation que nous ayons de bonnes surprises avec des rémissions inattendues et prolongées. Cela a été le cas, récemment dans notre service, avec un nouveau médicament anti-angiogénique administré à une patiente atteinte d’un cancer du sein, qui a vu sa maladie régresser de 50 % en 3 mois de traitement.
Dans tous les cas, il faut mettre à la disposition de la personne malade toutes les informations qui lui permettront de décider utilement et surtout offrir des réponses à toutes ses questions. Il faut lui répondre en toute honnêteté et lui rappeler que sa liberté de retirer son consentement à tout moment est absolument entière.
Pourquoi risquer de tester un médicament qui n’a jamais fait ses preuves?
Le patient ne doit jamais être perdant. C’est pourquoi les protocoles d’essais sont expertisés par deux comités : le premier, qui relève de l’AFSSAPS (Agence Français de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé), intervient sous l’angle scientifique et réglementaire, le second, le comité de protection des personnes (CPP), se place sous l’angle éthique. Aucun essai clinique ne peut débuter sans leur aval. Quand l’équipe médicale décide d’inclure un patient dans un essai, c’est après s’être assurée qu’il n’y aurait pas de perte de chance pour lui. Dans le cas d’un essai comparatif, il recevra au minimum le traitement de référence, connu pour être efficace, ou le nouveau traitement, dont on a toutes les raisons de penser qu’il fera aussi bien que le traitement de référence, éventuellement mieux.
Dans une étude comparative, lorsque l’on risque de recevoir un placebo (c’est à dire une substance neutre, sans activité pharmacologique spécifique) et non la nouvelle molécule, comment accepter ce risque ?
Les expérimentations contre placebo sont rares. Mais lorsqu’il n’y a pas de traitement de référence dans une situation donnée (ce qui est exceptionnel) et qu’un médicament arrive, et bien que les cancérologues n’y soient pas très favorables, il est plus correct sur le plan scientifique de comparer avec un placebo. Si l’état des patients s’aggrave pendant l’essai, ils basculeront dans le groupe de traitement avec le nouveau médicament, afin qu’il n’y ait pas de perte de chance.
Comment intégrer un groupe test?
Le meilleur des interlocuteurs est et doit rester votre cancérologue, qui a connaissance des critères d’inclusion des essais. Néanmoins, pour connaître les essais en cours, on peut aussi se reporter au registre sur www.e-cancer.fr ou www.afssaps.fr
Peut-il arriver que l’on soit inclus dans un essai à son insu ?
La loi exige de recueillir le consentement "éclairé" du patient, signé par lui, après une information écrite et orale, sous couvert de lourdes peines pour les contrevenants à ces règles, bien formalisées en France depuis la loi Huriet de 1988.
Comment se porte la recherche clinique dans notre pays ?
C’est l’une des meilleures du monde ! Dans le traitement du cancer du gros intestin par exemple, les protocoles de chimiothérapie appliqués dans le monde entier sont ceux de l’école française.
A lire
Faire face au cancer. L’espoir au quotidien. Dr Gilles Freyer. Editions
Odile Jacob.
Céline Dufranc
© endostock – Fotolia.com
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la vidéo de l’émission est accessible sur le site http://www.france5.fr
(peut-être seulement à partir de demain)
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