Depuis toujours, Isabelle rêvait de jouer du piano. “Dans un appartement à Paris, tu n’y penses pas !“, répondaient invariablement ses parents. Son mari à son tour répétait : “Quand on aura fini les travaux, on verra“. Mais à 34 ans, en rentrant de l’hôpital où elle vient de prendre connaissance d’un protocole de soins très lourd pour un cancer du sein, Isabelle se rend droit au magasin et achète un piano à crédit. Son mari en est resté sidéré : «Tu achètes un piano comme d’autres une baguette de pain ! »
Pour Isabelle, cet achat était bien plus vital qu’une baguette de pain. « Si je n’avais pas eu la musique, je ne sais pas comment j’aurais tenu le choc ; à l’époque, j’ai dû subir quatre jours de chimio d’affilée, toutes les trois semaines! Alors, dès que je retrouvais un brin de force, je me mettais à jouer : la musique me vidait des tensions et des poisons, de la toxicité, de mon odeur affreuse, elle me nettoyait, je m’enveloppais dans les sons, les vibrations venaient nourrir mes cellules, je réaccordais mon corps, j’étais envahie d’un bonheur indescriptible. Parfois, en allant au cours de piano, il m’arrivait de vomir sur le chemin, mais j’y allais quand même et j’en ressortais transformée. »
Isabelle écoute Mozart, surtout l’adagio du concerto pour clarinette en La majeur, et le magnifique canon de Pachelbel et Vivaldi. Elle adore aussi les chansons de Yannick Noah, si pêchues. Elle découvre jour après jour l’importance d’être à l’écoute de son corps, en sentant la musique se promener dedans, toutes les musiques. « J’ai fait de moi un grand laboratoire et ce, depuis 9 ans. »
Aujourd’hui, Isabelle joue de la flûte, de la guitare et chante dans trois chorales. Elle s’est formée à la musicothérapie. Elle espère un jour en faire son métier. Avec enthousiasme, elle me raconte le déroulement d’une séance mémorable : « on était huit patients dans une salle, avec, à disposition, un piano, un djembé, des maracas, des claves, et notre corps d’où peut jaillir mille sons. Pas besoin de savoir jouer de la musique, ça n’a aucun rapport. Au début, j’étais un peu intimidée, mais ça passe très vite. D’abord, on s’est présenté avec un son, chacun son tour, et ensuite on s’est mis à jouer ensemble au sens premier du terme, jouer, se parler, c’était comme une conversation avec 100% de disponibilité. J’ai réalisé petit à petit que je m’écoutais suffisamment pour être à l’écoute des autres, de 8 autres en même temps, vous vous rendez compte ! Atteindre cet équilibre dans l’échange est source d’une joie presque sacrée. Je me suis dit : « À plusieurs, qu’est-ce que je suis forte ! ».
Isabelle aime encore écrire et photographier la nature. Elle est persuadée que chacun peut trouver en lui-même son espace et ses outils d’expression, ils permettent chacun à sa façon d’approcher et d’enclencher cette démarche d’ouverture revitalisante. Car la guérison est un acte créateur en soi.
Raïssa Blankoff
Journaliste
Bibliographie :
Isabelle Mauffré-Lacaton, Gouttes de vie, Poèmes et photographies, Editions Les nuages ont la parole, 2007
Ses deux bibles :
Jean-Louis Etienne, Le pôle intérieur. Mener sa vie comme une aventure, J’ai lu
Johanne Ledoux, Guérir sans guerre, J’ai lu, 2000
Photo
joephoto – Fotolia
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La musique
Je suis actuellement en 6° année de solfège, 5°année de chant lyrique et 2° année de piano. De plus je fais partie d’une chorale de femmes.
Quel bonheur je vis depuis 6 ans. Pas un jour sans musique, c’est vital pour mon morale et mon bien être intérieur.
Merci "cancer" de m’avoir ouverte à la vrai vie!
Vero de Esneux. Belgique