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Cancer et travail : une coexistence à réinventer

Posté le 27/03/2008 par raissa arobaz Envoyer par mail
Mot-clés: Travail Entreprise

 

Cancer et travail : une coexistence à réinventer

Le cancer bouscule tous les aspects de la vie, au premier rang desquels la vie professionnelle. De plus en plus d’adultes actifs sont concernés alors qu’ils sont au sommet de leur vie professionnelle. Mais souvent, parmi les employeurs, les collègues, les institutions, rien n’est prêt pour accompagner ou réinsérer des travailleurs devenus des patients au long cours.

« Si tu viens bosser, c’est que tu n’es plus malade, sinon reste à la maison et soigne-toi ». C’est l’injonction ressentie par Fabienne, cadre dans une grande entreprise parisienne, ayant subi une mammectomie bilatérale et une violente récidive quelques années après. « Auparavant, le cancer vous clouait au lit, vous étiez exclu, un point c’est tout ; maintenant, la médecine vous maintient en vie, de longues années souvent, et l’entreprise se doit, dans le meilleur des cas, de vous « maintenir » dans l’emploi. » Mais après la maladie, rien n’est plus comme avant : « Jusqu’en 97, je dirigeais des équipes. A mon retour de maladie, on m’a retiré mes responsabilités, la responsabilité sur les autres, pour qu’une absence éventuelle n’ait aucune conséquence ! » Cependant Fabienne reconnaît qu’elle a eu de la chance de réintégrer son entreprise. Elle n’a pas reçu, comme certains, sa lettre de licenciement le jour de sa première chimio.

 

Inventer des passerelles


Le sociologue Philippe Bataille, spécialiste des discriminations, acquiesce : « Nous avons quitté l’ère pasteurienne où l’on ne se représentait les malades qu’en termes de mort ou de guérison. Nombre de pathologies comme le cancer ou le sida sont devenues chroniques. Il faut apprendre à vivre avec, pour le patient mais aussi pour les proches, les collègues, la société toute entière. C’est pourquoi la première question du législateur devrait être : quelle est la place du malade atteint d’une pathologie grave dans notre société ? Seule cette question va permettre de changer de logiciel. » Pour le sociologue, il faudrait mettre en place des postes aménagés dans les entreprises avec des aides publiques, de la formation professionnelle, des bilans de compétences, et d’autres passerelles à inventer. Le cancer aujourd’hui n’est plus la pathologie de la personne âgée, proche de la retraite ou déjà sortie de la vie professionnelle.

 

Former les responsables des ressources humaines


Florence, une secrétaire médicale citée par Bataille, revendique une reconnaissance accrue : « les patients demandent que soient reconnues les qualités et compétences que le malade tire de sa maladie.  Il y a un destin professionnel envisageable pour celui que la maladie a fragilisé. Résister à l’épreuve du cancer, c’est montrer du courage, de la patience, de la persévérance, du goût pour la vie et bien d’autres qualités. Pourquoi ne pas s’appuyer sur ce qui est gagné par le salarié, plutôt que sur ce qui est perdu ? » Il est urgent de former les DRH, qui malgré des années d’études et de séminaires en tous genres, n’ont pas la moindre idée de ce que représente un parcours de soin, la durée et la lourdeur des traitements. C’est encore trop souvent comme si les Directions des Ressouces Humaines découvraient soudain la maladie, comme si le seul à devoir prendre en charge le malade, c’était le médecin !

 

 

Un cadeau pour l’entreprise


Au 8ème étage de l’Institut Curie, le Dr Testas, médecin du travail, professeur associé à Paris V, met l’accent sur les points positifs : « Les employeurs ont tout à gagner avec un salarié revenu de cette épreuve extrême qu’est la traversée du cancer. J’ai exercé pendant des années à l’Assistance Publique et chez Citroën. Les salariés que j’ai reçus avaient, pour la plupart, très envie de reprendre le travail après les traitements.  Ces personnes marquées par le cancer sont un cadeau pour l’entreprise. Elles savent mieux relativiser les problèmes, elles sont plus attentives aux autres, elles mettent les gens d’accord, elles donnent de l’énergie, elles apportent de la bonne humeur et pointent du doigt les vraies valeurs quand souvent les gens se font la tête voire la guerre pour des broutilles. »  Cependant pour le Dr. Testas, il y a une information concrète à faire passer : ne pas attendre le jour de la reprise du travail pour rencontrer le médecin attaché à l’entreprise :  « j’ai vu tellement de salariés frapper à ma porte le jour de leur reprise, belle cravate, beau costume, tout contents, sans avoir repris contact avec l’employeur ! Mais ils ne sont souvent pas attendus, rien n’a été prévu pour les accueillir. Si un salarié est obligé de rentrer chez lui ce jour-là, c’est dévastateur.  Une bonne réintégration professionnelle constitue la dernière étape du processus thérapeutique, c’est un droit dont il faut user et abuser. » Un bon conseil à mettre en oeuvre dès que l’état de santé permet à nouveau de se projeter dans le travail.

 

 

Raïssa Blankoff

Journaliste

Contacts utiles


La Fédération Nationale des Centres de Lutte Contre le Cancer édite un guide gratuit « Démarches sociales et cancer ». FNCLCC : 01 44 23 04 68, www.fnclcc.fr

La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité peut être saisie gratuitement, dans tous les cas de discrimination au travail. HALDE : 11-15 rue St Georges, 75009 Paris, 08 1000 5000, www.halde.fr

Une ligne téléphonique pour parler à des médecins et des juristes. Droit des malades info : 08 10 51 51 51.

La Ligue Nationale contre le Cancer propose les services d’avocats bénévoles : 01 53 55 24 48.

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