Ray Kluun est un jeune romancier couronné de succès aux Pays-Bas, avec plus de 500 000 exemplaires vendus. Pourtant son livre conte une histoire triste : celle vécue par son auteur, dont la femme est décédée d’un cancer du sein en 2001. Dans un style tonitruant, il revisite cette expérience douloureuse, sans cacher les difficultés supplémentaires que lui a causé son tempérament noceur et infidèle.
Sincèrement amoureux de sa femme, Stijn se dit atteint de monophobie aigüe. En clair il passe son temps à la tromper. A considérer le nombre de conquêtes qu’il enchaîne, les médecins parleraient plutôt de maladie chronique, mais hélas c’est Carmen qui se prend à fréquenter les hôpitaux. Les rendez-vous médicaux s’enchaînent, dans un crescendo de mauvaises nouvelles jamais interrompu. Le premier médecin consulté n’avait pas diagnostiqué un cancer inflammatoire du sein. Quelques mois plus tard, la maladie est déjà bien installée. Quelques mois perdus qui forgent chez Stijn une agressivité non dissimulée vis à vis des médecins qui ne lui reviennent pas. Mais à force de recherches déterminées, le couple se confiera enfin avec confiance au Dr Rodenbach. Un médecin qui écoute ses patients, qui leur parle avec espoir des nouveaux traitements expérimentaux, et qui trouve des solutions pour réduire la douleur de la chimio. Pas un magicien cependant. Alors que la maladie progresse, sans plus réagir aux traitements, le couple affronte la peur et l’incompréhension. Stijn cherche compulsivement la vie dans les bras des femmes. Quand il rencontre Rose, il ne peut éviter de tomber follement amoureux de son corps toujours prêt à l’amour. Une folie qui lui coûtera cher. Dans la tourmente, Stijn et Carmen cherchent à protéger Luna, leur courageuse petite fille, mais aussi à la préparer à l’inévitable. Luna qui contemple gravement l’amaigrissement spectaculaire de sa maman, ses crises de vomissement. Luna qui écoute Carmen lui expliquer sans pleurer où vont les poissons rouges après leur mort. Scènes horribles de petits moments d’intimité familiale au dessus du gouffre. Avec « En plein coeur », Ray Kluun signe un roman chargé des vertus de la catharsis, mais aussi de sa violence. Il mobilise la pitié et la crainte et nous fait traverser des émotions fortes, sans éviter les thèmes provocants, que l’actualité place au centre de nos questionnements, comme l’euthanasie. Un remède puissant au déni de la maladie, à tenter après avoir soigneusement mesuré ses forces. Christophe Béguin Journaliste Bibliographie : Ray Kluun, « En plein coeur », Presses de la Cité, 2007
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